Anne Sylvestre

Les gens qui doutent

J’aime les gens qui doutent 
Les gens qui trop écoutent leur cœur se balancer 
J’aime les gens qui disent  
Et qui se contredisent et sans se dénoncer 
J’aime les gens qui tremblent 
Que parfois ils ne semblent capables de juger 
J’aime les gens qui passent 
Moitié dans leurs godasses et moitié à côté 
J’aime leur petite chanson 
Même s’ils passent pour des cons 
 
J’aime ceux qui paniquent 
Ceux qui sont pas logiques, enfin, pas « comme il faut » 
Ceux qui, avec leurs chaînes 
Pour pas que ça nous gêne font un bruit de grelot 
Ceux qui n’auront pas honte 
De n’être au bout du compte que des ratés du cœur 
Pour n’avoir pas su dire  
« délivrez-nous du pire et gardez le meilleur » 
J’aime leur petite chanson 
Même s’ils passent pour des cons 
 
J’aime les gens qui n’osent  
S’approprier les choses, encore moins les gens 
Ceux qui veulent bien n’être 
Qu’une simple fenêtre pour les yeux des enfants 
Ceux qui sans oriflamme  
Et daltoniens de l’âme ignorent les couleurs 
Ceux qui sont assez poires 
Pour que jamais l’histoire leur rende les honneurs 
J’aime leur petite chanson 
Même s’ils passent pour des cons 
 
J’aime les gens qui doutent 
Mais voudraient qu’on leur foute la paix de temps en temps 
Et qu’on ne les malmène  
Jamais quand ils promènent leurs automnes au printemps 
Qu’on leur dise que l’âme 
Fait de plus belles flammes que tous ces tristes culs 
Et qu’on les remercie 
Qu’on leur dise, on leur crie « merci d’avoir vécu! » 
Merci pour la tendresse 
Et tant pis pour vos fesses 
Qui ont fait ce qu’elles ont pu 

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